Tout le mal n’est pas visible
Publié le 07 octobre 2025

Le mal se déguise. Il change de masque comme le vent change de direction, furtif, insaisissable. Mille visages, mille voix, et toujours cette ruse tranquille. Il s’insinue à pas feutrés dans les recoins de notre quotidien, se love dans les gestes qui semblent sans importance, s’endort dans les mots banals — mais qui, une fois prononcés, brûlent comme du feu.
Une parole peut être douce à l’oreille, mais acide au cœur. C’est un poison lent, une morsure silencieuse. Et que dire de la dureté du cœur ? Cette glace vivante que rien ne fait fondre — pas même les larmes. Elle est plus froide que la pierre, plus tranchante que l’indifférence.
Un regard peut juger comme un couteau tranche. Il pèse, il perce, il condamne. Le mépris, quant à lui, est une cendre jetée sur les flammes de l’âme. Il éteint ce qui cherche simplement à être, il écrase les élans de vie. D’un revers de mots, il efface la dignité des sentiments d’autrui, les réduisant à de simples caprices.
Railler, se moquer, même « pour rire », peut devenir une flèche. L’ironie est une lame qui se pare de légèreté, mais qui souvent atteint les profondeurs. Quand une âme chancelle, ce n’est pas un jeu — c’est une blessure.
Et puis, il y a ces silences lourds d’abandon, ces absences dans l’heure de la fragilité. La trahison n’a pas besoin de cris : elle parle le langage du vide. Ce sont là des entailles que le temps peine à refermer.
Mais peut-être que le plus cruel des maux est celui qui se cache derrière un sourire : exploiter la bonté, dérober la lumière d’un cœur généreux pour la plonger dans l’ombre. C’est un mal déguisé en tendresse, un mensonge qui revêt les habits de la confiance. Un mal d’autant plus redoutable qu’il emprunte les traits de l’amour.
Ceux qui blessent ne sont pas toujours dans l’ignorance. Bien souvent, au fond d’eux-mêmes, ils savent. Mais ils préfèrent l’ombre à la lumière. Ils ferment les yeux pour ne pas voir, détournent le regard pour ne pas sentir. Par confort, par insouciance, par intérêt ou par désir de contrôle, ils s’autorisent à ignorer les conséquences. Ils se couvrent d’excuses, se cachent derrière l’oubli, croyant que l’instant effacera la trace.
Mais il est des gestes qui résonnent encore lorsque tout semble retombé. Des paroles légères qui laissent une empreinte lourde. Des absences plus pesantes que les présences. Des trahisons feutrées qui fendent l’âme. Ce sont des blessures sans cri, des cicatrices sans sang, des brisures invisibles. Elles habitent dans les replis secrets de l’être, là où le silence hurle, là où seul Dieu entend.
Le mal, même minuscule, peut faire trembler un monde intérieur. Un soupir ignoré, une main repoussée, une vérité piétinée — et c’est tout un univers qui vacille. Il n’est pas de petit mal lorsqu’il blesse un cœur.
Abbé Samih RAAD
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