Quand Dieu se laisse appeler autrement
Publié le 28 décembre 2025
Homélie de la Sainte Famille — Année A
Frères et sœurs,
Depuis mon enfance, une image me poursuit en silence : Marie n’est jamais seule. Je ne sais pas d’où cela me vient, ni pourquoi cela s’est imposé ainsi, mais chaque fois que je pense à elle, l’Enfant Jésus est là. Toujours. Un petit corps fragile contre son cœur, une vie confiée, un amour qui se donne en même temps qu’il se reçoit. Marie ne se tient jamais dans le vide ; elle est habitée. Habitée par une présence, par un mystère vulnérable, par une promesse qui respire.
En ce jour de la Sainte Famille, j’aimerais vous inviter à regarder Marie autrement. Non pas d’abord comme une figure lointaine, figée dans la lumière des vitraux, mais comme une femme. Une femme devenue mère, surprise par l’amour qui lui est confié, bouleversée par ce mystère qui pleure, respire et s’endort dans ses bras. C’est cette humanité-là, simple et vertigineuse, que je voudrais contempler avec vous.
Avant d’être une icône, avant d’être une figure théologique, Marie est une femme. Une femme qui a connu la fatigue, l’inquiétude, le tremblement. Une femme dont le cœur apprend à aimer en marchant, sans mode d’emploi.
Il y a d’abord ce premier regard, celui qui ne sait pas encore parler mais qui dit tout. Le regard d’une femme qui découvre un visage, et dans ce visage, une vie entière désormais suspendue à son cœur. Un regard où se mêlent la stupeur et la douceur, la crainte et la joie, comme si le monde venait de naître une seconde fois. Puis vient le premier baiser, maladroit et infiniment tendre, le premier câlin où les deux fragilités se rassurent l’une l’autre. Dans ce silence habité surgit un amour neuf, imprévisible, un amour qui n’existait pas la veille et qui, soudain, devient plus fort que la peur, plus vaste que les mots.
Je suis sûr d’une chose : Marie n’a jamais appelé Jésus par son nom. Le nom de Jésus est pour nous, pour les autres. Marie, elle, l’a appelé comme toutes les mères : mon amour, mon trésor, mon petit, mon cœur. Des mots simples, presque ordinaires, mais chargés d’une joie et d’une grâce immenses. Elle venait de devenir mère pour la première fois. Et dans cet instant-là, il n’y a ni dogme ni discours : il n’y a qu’un cœur qui bat plus fort, qu’une vie qui s’ouvre à une autre vie.
Marie ne comprend pas tout, et elle n’essaie pas de tout expliquer. Elle garde, elle porte, elle laisse le temps faire son œuvre. Elle apprend à aimer sans posséder, à protéger sans enfermer. Jour après jour, elle découvre que cet enfant ne lui appartient pas, même s’il est sorti de sa chair. Son amour grandit en même temps que le détachement, comme toute maternité vraie, comme tout amour authentique.
La Sainte Famille n’est pas une famille idéale, figée, parfaite. Elle est une famille humaine, traversée par la fragilité, la peur, l’exil, l’inquiétude pour l’avenir de l’enfant. Une famille qui avance dans la nuit, qui cherche un abri, qui doute parfois, mais qui demeure ensemble. Marie nous apprend que la sainteté commence souvent là : dans un regard qui ne se détourne pas, dans un baiser donné sans certitude, dans une présence fidèle quand tout vacille.
En contemplant Marie aujourd’hui, nous découvrons que Dieu n’a pas eu peur de passer par l’humanité d’une femme, par sa tendresse, par ses bras ouverts. Et peut-être est-ce là la bonne nouvelle pour nous : notre humanité, avec ses fragilités et ses silences, est déjà un lieu où Dieu se laisse aimer, porter et accueillir. La réponse et à chacun de nous !
Abbé Samih Raad
Metz, le 26 décembre 2025

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