Homélie — IIᵉ Dimanche de Carême (Année A)

La Transfiguration, révélation de l’amour du Christ
Abbé Samih Raad
Homélie — IIᵉ Dimanche de Carême (Année A)
Frères et sœurs,
La Transfiguration marque un sommet de la révélation du Christ, car elle dévoile sa vérité la plus intime. Sur la montagne évoquée par l’Évangile selon saint Matthieu, Jésus resplendit dans la gloire qui lui appartient de toute éternité : celle du Fils bien-aimé et du Sauveur. Rien de nouveau n’est créé ; ce qui était caché devient visible. La lumière révèle que nous appartenons depuis toujours à Celui qui nous sauve par amour.
Cependant, l’Évangile souligne un détail d’une portée théologique décisive : Moïse et Élie s’entretiennent avec lui de son « départ » vers Jérusalem, c’est-à-dire de sa mort. Au centre même de la splendeur, la Passion est déjà présente. La lumière ne détourne pas du drame ; elle en révèle le sens. Car la mort du Christ n’est pas une défaite, mais le lieu même où la résurrection prend source. La puissance pascale est secrètement contenue dans l’oblation de la croix. Croix et résurrection ne s’opposent pas ; elles constituent l’unique événement de l’amour livré. Il n’est pas d’autre lumière que celle qui jaillit du don total de soi.
Chaque événement de la vie du Seigneur porte en lui la totalité du mystère. Rien n’est isolé, rien n’est fragmentaire. Le Thabor annonce déjà le Golgotha, et le Golgotha laisse transparaître, dans l’obscurité même, l’aurore de Pâques. Les manifestations sont diverses, mais la réalité qu’elles signifient demeure une, indivisible, cohérente. L’économie du salut n’est pas une succession d’actes disjoints : elle est l’unique déploiement d’un amour fidèle. Nous n’en saisirons la pleine harmonie qu’au dernier jour, lorsque toute chose sera récapitulée dans le Christ. Mais dès maintenant, dans la patience de la foi et la constance de l’amour, le croyant pressent cette unité secrète et en goûte déjà la vérité.
Quel est donc le sens théologique de la Transfiguration ? Elle ne signifie pas qu’une lumière extérieure descend sur Jésus, mais que la lumière qui habite en lui depuis toute éternité se révèle. Sur la montagne, il ne reçoit rien de nouveau : il dévoile ce qu’il est, Fils bien-aimé, manifestant la communion éternelle qui l’unit au Père. L’événement est épiphanie, non transformation ; les disciples voient enfin ce qu’ils ne pouvaient discerner. Le Christ ne change pas, il révèle sa beauté cachée. Il se transfigure pour que nous soyons, en lui, transfigurés, vivants de son amour qui dissipe la peur et ouvre à l’éternité.
Metz, le 28 février 2026