Le Baptême du Christ, Théophanie du don total
Publié le 12 janvier 2026
Homélie – Fête du Baptême du Christ
Abbé Samih Raad
Frères et sœurs,
La fête du Baptême du Christ que nous célébrons aujourd’hui est traditionnellement appelée Théophanie, manifestation de Dieu. Non pas une idée abstraite de Dieu, mais une révélation concrète, historique, charnelle : Dieu se fait connaître dans un événement précis, au bord du Jourdain, dans l’eau, dans une parole, dans un corps.
L’Évangile nous montre une scène d’une sobriété saisissante. Jésus descend dans les eaux du Jourdain. Le ciel s’ouvre. La voix du Père retentit : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute ma complaisance ». L’Esprit descend sous la forme d’une colombe. Le Père, le Fils et l’Esprit sont manifestés. Tel est le texte.
Mais l’Évangile ne se contente jamais de décrire. Il révèle, en profondeur, un mystère. Car ce baptême n’est pas d’abord un rite d’initiation : il est une annonce. Jésus n’a pas besoin d’être purifié. S’il entre dans l’eau, c’est pour y entrer jusqu’au bout — jusqu’à la mort.
Le baptême du Christ est déjà une parole sur sa mort. L’immersion dans l’eau annonce l’immersion dans la mort. La sortie de l’eau annonce la résurrection. Autrement dit, dès le début de sa vie publique, Dieu révèle l’amour qu’il porte au monde sous la forme la plus radicale : l’amour qui va jusqu’au don total de soi. Le baptême du Christ est son baptême dans le sang qu’il versera. C’est ainsi que Dieu parle à l’humanité : non par des concepts, mais par l’amour livré.
Ce que Dieu révèle au Jourdain, ce n’est pas seulement qui est Jésus ; c’est ce qu’est l’amour. Un amour qui se donne, qui meurt, qui ressuscite. Et cet amour ne reste pas extérieur à nous. Il nous façonne. Nous ne connaissons Dieu qu’en découvrant que nous sommes engendrés par son amour.
C’est pourquoi l’Évangile ne s’arrête pas à Jésus. Ce qui se manifeste en lui doit s’accomplir en nous. Le baptême du Christ contient déjà notre propre baptême. Mort et résurrection : voilà le cœur de la foi chrétienne. Mourir à l’homme ancien, renaître à une vie nouvelle. Mortification et résurrection : non pas comme un discours moral, mais comme une transformation réelle de l’existence.
La résurrection du Christ n’est pas seulement un événement passé. Elle est son prolongement dans l’humanité. Aujourd’hui encore, le Christ n’a de visibilité dans le monde qu’à travers nous. Sans l’homme renouvelé, Dieu reste invisible. Nous sommes appelés à être sa parole et son cœur.
Or c’est ici que se situe notre responsabilité — et aussi notre drame. Car nous avons souvent réduit le baptême à un rite social, à une cérémonie, à un souvenir d’enfance. Pour beaucoup, il est resté une simple « ablution » symbolique, un geste accompli sur un enfant, sans devenir une résurrection de l’être. Nous avons compté les baptisés, mais le Seigneur seul connaît ceux qui vivent réellement de leur baptême.
Le baptême n’est pas un acte du passé. Il est une dynamique. Il demande à être renouvelé. Et il ne se renouvelle que par l’œuvre bonne. La manifestation de Dieu en nous ne s’accomplit pas par des paroles pieuses, mais par une vie transformée.
Lorsque l’Église affirme que l’homme est sauvé par la foi, elle ne parle pas d’une foi enfermée dans l’intériorité. La foi véritable est une foi qui agit, qui se prolonge, qui prend corps dans le bien. Le christianisme n’est pas un exercice intellectuel ; il est une relation d’amour. Et l’amour, dans l’Écriture, s’appelle obéissance — non pas soumission aveugle, mais accord de toute la vie à la volonté de Dieu.
Si Dieu ne se manifeste pas à travers notre parole et notre conduite, il demeure au ciel. Le monde ne le connaîtra pas. Notre responsabilité est immense : rendre Dieu visible sur la terre. Il ne se fait entendre que si des hommes et des femmes acceptent de porter sa voix, de vivre selon son Esprit.
La foi, au fond, est cela : Dieu se révèle, et l’homme l’accueille. Dieu est apparu en lui-même, au Jourdain. Il attend maintenant que cette apparition se prolonge en nous, par l’œuvre bonne, par une vie conforme au baptême reçu.
En cette fête du Baptême du Christ, la question nous est donc posée, sans détour : la manifestation de Dieu s’est-elle arrêtée à notre baptême, ou bien se poursuit-elle à travers notre existence ?
Amen.
Metz, le 6 janvier 2026

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