L’homme sans Dieu est un désert

Publié le 08 octobre 2025

Homélie – 27ᵉ TO C

Abbé Samih Raad

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, les apôtres adressent à Jésus une prière simple et profonde : « Seigneur, augmente en nous la foi. » Jésus leur répond en parlant de la puissance de la foi, même réduite à la petitesse d’une graine de moutarde, et de l’humilité de celui qui sert sans se croire maître. Ces paroles nous invitent à entrer dans le cœur de ce qu’est la foi : une confiance inconditionnelle, une fidélité absolue à Dieu.

Rester avec Dieu, qu’Il donne ou qu’Il retire – ou qu’il nous semble qu’Il retire –, voilà l’obéissance lumineuse de la foi. Nous ne sommes que pauvreté devant Lui, mains nues tendues vers Sa grâce. On n’impose pas de conditions à l’Amour, on ne marchande pas le Donateur de vie. Ce qu’Il accorde, c’est tendresse ; ce qu’Il reprend, c’est encore tendresse, car Il nous façonne comme un Père cisèle son enfant. Sans l’épreuve, comment goûter Sa présence ? Rester en Lui, c’est embrasser le jour comme la nuit, et découvrir qu’en Son visage se trouve notre plénitude.

Dieu, frères et sœurs, n’a rien exigé pour être avec nous. Dans l’éclat de nos joies comme dans la nudité de nos pauvretés, Il demeure fidèle. La foi authentique se dépouille de tout calcul : elle renonce aux balances du donnant-recevant. Car Dieu n’est pas marchand, Il est Amour. Nulle clause, nulle condition : seulement Son cœur qui se livre. Notre tâche est simple et infinie : accueillir, respirer, rendre grâce. Notre amour, si fragile soit-il, n’ajoute rien à Sa lumière, mais il transfigure nos pas, nous fait entrer dans la liberté des fils de Dieu, et change notre vie.

Reste attaché à Lui pour vivre. Seul, tu es dérisoire, désert aride où rien ne pousse, où aucune source ne désaltère. Avec Lui, ton existence prend sens : l’eau vive de Son amour t’abreuve, la lumière de Sa présence fait germer tes fruits. Ton intérêt n’est pas de Lui offrir un bénéfice, mais de recevoir de Lui ton être, car séparé de Lui, tu es vide, tout entier vide.

Rester avec Lui, c’est rester pour Lui. C’est consacrer ta vie, te donner de toutes tes forces, renoncer aux gains mesquins et aux illusions de l’ego. Être à Lui, c’est sortir de toi-même, oublier que tu es le centre du monde, et t’ouvrir au service des autres. Dieu est dans les hommes : si tu ne Le trouves pas en eux, tu ne Le trouveras pas au ciel. Le ciel commence ici-bas, dans l’amour sincère, gratuit, sans distinction.

Le ciel n’est pas d’abord un lieu futur : il est déjà en toi et dans les autres, car il est en Dieu, et Dieu habite en toi comme en eux. Savoir si tu es vraiment avec Lui, c’est choisir la justice et l’accomplir dans l’amour. Être avec Dieu, c’est croire : faire de Lui ton refuge et ton asile, ne plus être étranger à Sa présence. La foi n’est pas un mot, mais un mouvement de l’âme : sortir de soi, laisser mourir ses désirs éphémères, et s’élever dans l’amour, laissant Dieu devenir ton unique désir et ton horizon infini.

Et lorsque tu demeures en Dieu, que reste-t-il de toi-même ? Que vois-tu encore de ton visage propre ? Si tu es vraiment à Lui, tu ne vois plus que Son visage, et c’est ainsi que te reviennent les visages que tu aimes, illuminés de Sa lumière. Peu à peu, tu remarques que tes paroles deviennent les siennes, que tes désirs s’effacent, que tu apprends à vouloir Sa volonté. Voilà le fruit de l’éducation du Père.

Rester existentiellement avec Dieu, c’est aimer. Et aimer veut dire aimer chaque être humain sans regarder ses mérites. L’amour est gratuit, il n’attend rien en retour. Tu aimes par obéissance à Dieu, sans rechercher ta consolation. Rester avec Lui dans ta joie comme dans ta douleur, en ne cherchant que Son visage, c’est comprendre que Son visage suffit. Alors, tu as tout compris.

Sentir que le Seigneur te suffit ne signifie pas rejeter les créatures, mais apprendre à les voir en Lui et à voir en elles Ses traits. Si tu regardes les visages des hommes sans y discerner Dieu, tu les adores : et c’est l’idolâtrie. Mais si tu sais reconnaître Son visage en eux, alors Lui se manifeste, et toi-même tu deviens manifestation de Sa présence. Car il n’y a pas de Dieu en toi si Son peuple n’est pas en toi.

Frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur d’augmenter en nous la foi. Non une foi de mots, mais une foi qui demeure avec Dieu, qui se nourrit de Son amour, qui trouve son sens dans le service, et qui transforme notre désert en jardin. Amen.

Archives

À Sainte Jeanne Jugan du Désiremont : un message de proximité et de générosité

Bureaux des conseils de fabrique : discernement budgétaire et communion pastorale pour 2026

Kakémono de l’Œuvre d’Orient : un signe de communion ecclésiale

La communication au cœur de la communauté de paroisses Sainte Jeanne Jugan du Désiremont

Restons connectés !

Catégories :