Plus que vive : la vie qui demeure
Publié le 03 novembre 2025
Abbé Samih Raad
Homélie – Commémoration des défunts 2025
« La mort ne change pas une vie en destin. Mourir ne referme pas le livre à sa dernière page, texte enfin déchiffrable. » Ces mots de Christian Bobin, philosophe et poète de la lumière discrète et du mystère du quotidien, résonnent profondément avec notre espérance chrétienne. Comme le dit le psalmiste : « Même si je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps 23,4).
Aujourd’hui, en mémoire de nos défunts, je veux évoquer cet écrivain chrétien qui a su parler avec justesse de la vie à travers le mystère de la mort. Dans Le Très-Bas, Bobin médite la simplicité évangélique de saint François d’Assise, patron d’une de nos paroisses. Mais c’est surtout dans son livre La plus que vive qu’il atteint une intensité bouleversante : il y raconte la mort de son épouse Ghislaine et comment cette épreuve devient pour lui un lieu d’espérance.
Ce livre, La plus que vive, se présente comme un véritable chemin de foi. La mort n’y est pas perçue comme une fin close, mais comme un seuil que l’Esprit de l’espérance transfigure. Christian Bobin nous invite à discerner la lumière de Dieu jusque dans la blessure du deuil, à reconnaître que l’amour authentique ne disparaît pas : il se métamorphose en une présence discrète, invisible, mais intensément vivante. Ainsi se vérifie la parole de l’Apôtre : « L’amour ne passera jamais » (1 Co 13,8).
Souvent, la mort paraît comme un terme abrupt, le livre d’une vie refermé avant sa dernière phrase. Pourtant, pour la foi, elle n’est pas clôture, mais passage : le lieu où se dévoile le sens secret de toute existence. Ce qui semblait épars se réunit ; ce que nous traversions dans le clair-obscur s’illumine d’une clarté nouvelle.
L’expérience existentielle la plus bouleversante est sans doute celle-ci : la mort n’est rien devant l’amour. Ce que nous prenions pour une absence devient une « plus que présence », une « plus que vie ». Là où la mort croit effacer, l’amour persiste et transfigure. Il relie les vivants et les défunts dans une même communion : celle d’une mémoire habitée, d’une tendresse plus forte que le temps. Ce que la mort soustrait aux yeux, l’amour le restitue au cœur.
« La mort ne change pas une vie en destin » : elle ne fige pas l’existence dans son inachèvement. Dieu seul en lit le livre jusqu’au bout, avec la patience de sa miséricorde. Il tisse ensemble nos blessures et nos élans, nos lenteurs et nos fidélités silencieuses, pour en faire une histoire de salut.
À la lumière de Dieu, la vie devient lisible. Mourir n’est plus disparaître, mais être déchiffré par Lui dans le langage du salut. La mort d’un être aimé nous apprend à relire nos jours : chaque regard, chaque parole devient semence d’éternité. Car l’éternité s’enracine déjà dans la fidélité de l’amour.
Ainsi, lorsque vient l’heure du départ, le livre de nos vies ne se referme pas : il passe simplement de nos mains à celles de Dieu. Et Lui, dans la paix infinie de son regard, en poursuit la lecture — jusqu’à la pleine lumière, où « Dieu essuiera toute larme de nos yeux, et la mort ne sera plus » (Ap 21,4).
Que notre prière, notre tendresse et la fidélité aux gestes de bonté qu’ils ont laissés deviennent pour nous semence d’éternité, une présence plus que vive, comme l’évoque Christian Bobin. Car en célébrant leur passage, nous découvrons que la communion entre les vivants et les morts ne se rompt pas : dans le Christ, tout est déjà transfiguré en vie et en lumière.

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