Saint François d’Assise : témoin universel de l’amour de Dieu
Publié le 08 octobre 2025
Homélie – Fête de saint François d’Assise
Frères et sœurs,
Chaque année, en ce 4 octobre, l’Église nous invite à fêter saint François d’Assise. Mais la question demeure : qu’avait donc ce « petit pauvre », ce « sordide mendiant » comme l’appelait Renan, le critique rationaliste, pour avoir un tel rayonnement dans l’histoire ? Comment expliquer que même des figures étrangères à la foi chrétienne, comme Lénine, le révolutionnaire matérialiste, sur son lit de mort, aient pu se référer à lui ? Quel est le secret de ce jeune homme mondain devenu un témoin universel ?
La vie de François d’Assise se présente comme une immense et bouleversante conversion. Né fils de marchand, il est d’abord animé par la soif de gloire et de réussite, jugeant toute chose selon son prix et recherchant l’estime des hommes. Mais la grâce de Dieu vient secrètement l’éprouver et le transformer. Peu à peu, ses rêves s’effondrent, ses ambitions se dissipent, et surgit en lui un être nouveau. Le moment décisif éclate lorsqu’il se dépouille de ses vêtements devant l’évêque d’Assise et son père, rendant tout ce qui ne lui appartient pas. Ce geste radical, jugé insensé par ses contemporains, inaugure une existence transfigurée. Plus tard, à l’heure ultime, il redira ce choix en demandant à reposer nu sur la terre nue : sceau d’humilité et signature éternelle de sa vie.
Mais cette pauvreté de François ne se limite pas aux biens matériels ; elle s’étend jusqu’au cœur de son être, transformant sa manière de vivre et de recevoir. Il adopte une attitude radicale que l’on pourrait appeler la désappropriation : ne rien garder pour soi, ni l’argent, ni les talents, ni même les œuvres spirituelles. Il refuse d’être propriétaire de ses actions, de ses dons ou de ses qualités. Tout bien, qu’il vienne du ciel ou de la terre, il le reçoit comme un don et le restitue à Dieu dans une action de grâce profonde. Il ira jusqu’à affirmer que la seule chose réellement « propre » à l’homme, c’est son péché.
Cette désappropriation n’est pas une mutilation, mais une libération lumineuse. L’homme de pouvoir et d’ambition devient libre, humble et simple, transfiguré par la gloire divine. Ses rêves de gloire sont absorbés dans la gloire de Dieu. Celui qui aspirait à être chevalier se transforme en serviteur doux et humble, façonné à l’image du Christ, et tout en lui devient offrande, louange et témoignage vivant de l’amour divin.
De sa pauvreté naît une fécondité éclatante : François devient un témoin émerveillé et captivant de l’amour de Jésus. Il chante, pleure et danse cet amour, incapable de le contenir, et sa prière devient ivresse, torrent de poésie et de musique. Rien ne peut enfermer cette expérience dans des mots tout faits. Son cœur déborde de compassion et le pousse vers ceux que le monde rejette : les pauvres, les malades, les humiliés, les violents. Là où d’autres se détournent, lui s’avance, porteur infatigable de la tendresse infinie et vivante du Seigneur.
Mais cette transformation intérieure transforme aussi son regard sur le monde. Celui qui ne percevait que la valeur marchande des choses découvre la création comme un livre ouvert, où Dieu se révèle dans chaque être et chaque élément. Avec des yeux d’enfant, François contemple la splendeur du soleil, la clarté des étoiles, le murmure de l’eau, l’ardeur du feu et la fécondité de la terre. Ce n’est pas un romantisme naïf, mais un regard purifié, capable de lire dans chaque créature la trace du Créateur. Comme le dira son biographe attentif Célano : « Il savait, dans une belle chose, contempler le Très Beau. »
Saint François est aussi le premier à avoir osé franchir l’autre rive pour dialoguer avec l’Islam. En 1219, lors de la cinquième croisade, il partit à la rencontre du sultan d’Égypte, Malik al-Kâmil, non pour convaincre ou dominer, mais pour témoigner de l’amour du Christ dans un esprit de respect et d’écoute. Ce geste de dialogue pacifique et courageux est un modèle qui a inspiré, huit siècles plus tard, le Pape François dans sa rencontre avec le grand imam d’Al-Azhar, donnant naissance à des textes et des initiatives de dialogue islamo-chrétien qui dépassent tout ce que l’on pouvait imaginer auparavant. François montre ainsi que la foi ne divise pas, mais ouvre des ponts vers l’autre.
Ainsi, la nature n’est pas pour François un décor, mais une icône. Dans la fraternité avec le soleil, la lune, le feu, l’eau, il reconnaît la bonté et la beauté de Dieu. Tout devient signe, tout devient relation. Il se sait frère universel, lié non seulement aux hommes, mais à chaque créature, parce que toutes viennent du même Père.
Frères et sœurs, la vie de saint François ne se copie pas ; elle s’embrase en nous. Sa pauvreté radicale, sa désappropriation totale et son émerveillement devant le monde nous invitent à lâcher nos possessions, à accueillir tout de Dieu et à tout rendre à Lui. La plus grande conversion d’aujourd’hui est d’apprendre à contempler : ne pas posséder, mais regarder, recevoir et remercier. L’humilité, loin d’être une faiblesse, ouvre la voie à la joie véritable. L’amour du Christ, accueilli sans réserve, transforme chaque existence en louange et en don pour les autres. Suivons François : ouvrons nos mains, offrons-les à Dieu et aux frères, et chantons, avec lui et toute la création : « Béni sois-tu, Seigneur, pour tout ce que tu as fait. »
Abbé Samih Raad
Metz, fête de saint François d’Assise, le 04 octobre 2025

Archives
À Sainte Jeanne Jugan du Désiremont : un message de proximité et de générosité
Bureaux des conseils de fabrique : discernement budgétaire et communion pastorale pour 2026
Kakémono de l’Œuvre d’Orient : un signe de communion ecclésiale
La communication au cœur de la communauté de paroisses Sainte Jeanne Jugan du Désiremont
Restons connectés !