Veillez donc
Publié le 01 décembre 2025
Abbé Samih Raad
Homélie – 1er Dimanche de l’Avent – Année A
Frères et sœurs,
La fête approche, mais l’Évangile d’aujourd’hui nous arrête net : « Veillez donc ». Comme si la première grâce de l’Avent n’était pas l’émotion du souvenir, mais un réveil intérieur. Nous entrons dans un temps d’attente, quatre semaines offertes pour réapprendre l’art de désirer. Non pas un désir vague, mais celui du Seigneur qui vient : dans les événements du monde, dans l’histoire des hommes, et jusque dans les coins plus silencieux de nos cœurs.
Veiller, ce n’est pas se crisper. C’est laisser Dieu élargir notre regard. Dans ce temps où la liturgie devient plus ardente, où nos chants prennent l’avance sur la fête, quelque chose doit s’alléger en nous : une conversion simple, un retour. « Qu’il est doux de revenir à Lui », disions-nous tout à l’heure. Oui, doux comme une respiration retrouvée.
Nous attendons un Enfant. Veille sur ton âme : notre Seigneur Jésus ne vient pas dans le fracas, mais dans la fragilité, la pauvreté, l’offrande. Tout est dit là : il cherche en nous une âme sans dureté. Ni crispation, ni besoin de tenir les rênes, ni cette raideur qui fend les autres et finit par nous fendre nous-mêmes. L’Avent nous reconduit vers l’enfance intérieure : la simplicité qui apaise, l’innocence qui ouvre, la liberté qui respire.
« Veillez donc »
Notre foi nous rappelle que le Christ naît pauvre et meurt dépouillé. Il possède tout sans être possédé par rien. C’est sans doute là le cœur de notre veille : demander de recevoir quelque chose de sa liberté. Que Dieu devienne notre véritable repère, notre désir premier. Sans cela, nos relations peuvent finir par nous enfermer et la paix se perdre. Avec le Seigneur, une autre force se donne : la miséricorde, cette capacité d’aimer sans glisser dans la prise de pouvoir ou dans la peur.
« Veillez donc »
Quand les vertus s’épanouissent en toi, le Christ vient habiter ton cœur. Quand tu pries, tu t’engages sur le chemin de sa lumière. En poursuivant son Visage, tu commences à discerner autrement les visages du monde, à y lire sa présence cachée.
Et lorsque, au creux de la fatigue ou de la détresse, tu murmures simplement : « Viens, Seigneur Jésus », il te répond doucement : « Repose-toi dans la crèche ». Là, dans cette humble étable, entre la paille et le silence, tu découvres que ce refuge suffit pour tout ton être. L’Enfant que le monde attendait t’invite à déposer tes peines, à laisser ton cœur s’ouvrir à sa lumière.
Dans l’éclat modeste d’une lampe, dans le souffle de l’étable, tu sens sa paix t’envahir. Comme les mages qui ont suivi l’étoile, ton désir de le trouver devient un chemin, et le chemin devient une demeure pour le Christ en toi.
« Veillez donc »
Ne laissons pas cette fête devenir un simple repère dans le calendrier. L’Avent demande davantage : devenir une demeure. Accueillir le Christ non seulement dans le mystère de l’Eucharistie, mais aussi dans chaque parole qu’il fait entendre à la conscience. Si nous ne prêtons l’oreille qu’au tumulte du monde, nos cœurs se vident peu à peu. Si nous recevons sa Parole, ils deviennent vivants.
Le trésor, le grand trésor, c’est ce Livre du Nouveau Testament posé sur nos étagères. Ouvrons-le. La présence du Christ en nous devient fidélité, constance, permanence. Ce n’est pas une émotion passagère : c’est une vie.
Veiller, c’est laisser l’intérieur s’animer. Ce n’est pas nous qui fabriquons la vie spirituelle : c’est lui qui la fait surgir quand nous lui faisons place. Alors regardons notre cœur. Avons-nous faim de Lui ? Avons-nous soif ? Celui qui a faim court vers la nourriture ; celui qui a soif vers l’eau. Ne restons pas affamés.
Peut-être avons-nous vécu certains Noëls dans l’apparence : décorations, habits, abondance. Tout cela peut être beau, mais Jésus ne se loge pas dans l’apparat. Il vient dans la pauvreté d’une crèche… et dans la pauvreté de nos cœurs quand ils s’ouvrent.
Alors que cette Nativité ne soit pas un décor de plus. Qu’elle soit une hospitalité : un cœur qui écoute, qui s’ouvre, qui obéit à sa Parole. Qu’elle soit la chaleur retrouvée de l’intérieur — là où il veut naître, là où il veut demeurer.
Frères et sœurs,
Veillez donc.
Non par peur, mais par désir.
Non pour surveiller, mais pour accueillir.
Car Celui que nous attendons vient, et déjà sa lumière frôle nos ténèbres.
Amen.

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