Voir le Christ dans toute sa grandeur
Publié le 24 novembre 2025
Frères et sœurs,
Chaque année, ce dernier dimanche de l’année liturgique nous invite à lever les yeux vers le Christ-Roi. Le mot « roi » peut nous gêner : il évoque parfois des images de pouvoir, de domination ou d’histoire humaine compliquée. Justement : l’Église nous demande aujourd’hui de purifier notre regard, de ne pas projeter sur Jésus nos souvenirs de monarchies humaines. Le Christ n’est roi ni à la manière des puissants, ni selon les logiques du monde. Sa royauté vient d’ailleurs et ouvre un autre horizon.
Le Credo de Nicée nous aide à contempler Jésus-Christ « dans toute sa grandeur », comme le rappelait le jeune théologien Joseph Ratzinger. En quelques mots, il nous montre l’unique médiateur entre Dieu et les hommes : « Il s’est incarné de l’Esprit Saint et de la Vierge Marie. » Ces deux mentions suffisent à dire l’essentiel : Jésus est pleinement Dieu, parce qu’il vient par l’Esprit ; il est pleinement homme, parce qu’il naît d’une femme. Dieu de Dieu, lumière née de la lumière… mais aussi frère véritable qui a connu la fatigue, les larmes, l’amitié, la colère, la prière, le silence.
Ce mystère est au cœur de notre foi : le Fils éternel s’est uni pour toujours à notre humanité finie. Celui qui partage la même nature que le Père accepte de prendre la nôtre, pour que nous puissions entrer dans sa vie. Lui seul, parce qu’il est à la fois « consubstantiel au Père » et réellement l’un de nous, peut traverser la mort sans rompre la communion avec le Père, et ouvrir pour toute l’humanité le passage vers la vie. Il est le seul Sauveur, non par exclusivité humaine, mais par surabondance divine : en lui, Dieu et l’homme se rencontrent parfaitement.
Il faut le reconnaître : aujourd’hui encore, nous résistons à ce mystère. D’un côté, certains voient en Jésus un maître spirituel, un prophète inspiré ou un réformateur politique, mais pas vraiment Dieu. De l’autre, on a du mal à le penser pleinement homme : un homme qui peut avoir peur, pleurer, s’épuiser ou ignorer l’heure du retour du Père. Pourtant, l’Évangile ne triche pas : le Fils éternel a assumé la condition humaine, jusqu’au bout, pour la sauver de l’intérieur.
Et ce mystère n’est jamais solitaire. Le Christ est inséparable de celui qui l’envoie et de l’Esprit qui l’oint. Là où est le Fils, le Père n’est jamais absent. Là où le Fils agit, l’Esprit travaille le cœur humain pour lui faire dire : « Abba, Père ». La royauté du Christ est donc trinitaire : il règne en manifestant le Père, il règne en donnant l’Esprit, il règne en ouvrant le chemin de la communion.
Alors, que célébrons-nous aujourd’hui ?
Nous célébrons un Roi qui n’écrase pas, mais qui élève.
Un Roi qui ne réclame pas des serviteurs, mais qui fait de nous des fils et des filles.
Un Roi dont la couronne est faite d’épines, et dont le trône est une croix.
Un Roi dont la puissance est l’amour, un amour qui va jusqu’au bout.
Et si nous voulons le voir dans sa grandeur, il suffit d’écouter la parole qu’il adresse au larron : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. »
Voilà l’autorité du Christ : la capacité d’ouvrir un avenir là où tout est fermé.
Voilà sa domination : la miséricorde qui restaure ce qui est perdu.
Voilà son règne : la victoire d’un amour plus fort que la mort.
Frères et sœurs, célébrer le Christ-Roi, c’est accepter d’entrer dans ce regard.
C’est croire qu’au cœur même du monde, souvent chaotique, une royauté silencieuse travaille déjà, celle du Ressuscité.
C’est accueillir l’Esprit qui nous apprend à vivre en enfants du Père.
C’est espérer qu’un jour Dieu fera une humanité où plus personne ne dira « tu es mon rival », mais « tu es mon frère, ma sœur ».
Alors approchons nous de lui, avec simplicité.
Demandons lui son regard, sa paix, son Royaume.
Et laissons le régner là où il veut régner d’abord : dans nos vies.
Amen.
Metz 22 novembre 2025
Homélie – Solennité du Christ, Roi de l’Univers Abbé Samih Raad
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