À Sion vient ton Roi : le chemin de la vie par la mort

Abbé Samih Raad
Homélie du Dimanche des Rameaux
Frères et sœurs bien-aimés,
« Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient à toi, juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur le petit d’une ânesse. » (Ésaïe 62,11)
Jésus Christ nous montre qu’au royaume de la force, il ne possède rien, et qu’en politique, il n’a aucun pouvoir. Il s’avance vers Sion pour mourir, seul à consentir volontairement à la mort. Il choisit ce chemin fatal comme voie vers notre vie, s’y offrant avec humilité, alors qu’il aurait pu triompher sans souffrir. Il accepte l’humiliation pour vaincre le démon, conscient que cette fragilité et cette épreuve constituent notre condition humaine constante, et qu’il y rencontrera tous les hommes.
Il descend dans la misère extrême, s’expose au dépouillement total, conscient que la misère est notre état fondamental et ordinaire. Il nous rejoint au cœur de nos fautes, dans nos faiblesses et dans notre quotidien fragile, là où nous trébuchons et existons. Lui seul accepte ce lieu de mort, franchit ce seuil où personne d’autre n’ose s’avancer. Par ce sacrifice volontaire, il nous révèle que la vie véritable ne s’épanouit que par la mort — la mort des désirs égoïstes, des avantages personnels et du péché. Sa mort devient le seuil de notre existence, une lumière qui éclaire le chemin de la résurrection. Dans l’acceptation profonde du dépouillement et de la souffrance, il fait resplendir le mystère d’une victoire qui n’est pas celle du monde, mais celle de l’amour, de la vérité et de la vie éternelle.
Jésus n’a jamais appelé à la souffrance pour elle-même. La douleur ne surgit pas pour nous séduire, mais elle vient à nous, imprévisible et parfois lourde, et nous sommes invités à la recevoir un temps, à la traverser avec foi, jusqu’à ce que la joie de la résurrection emplisse nos cœurs. L’erreur serait de croire que le chrétien doit chercher la souffrance : elle n’est jamais un but, mais un passage. D’abord, nous l’acceptons, mais pour la dépasser, pour que sa dureté devienne un instrument de transformation. Et dans cette acceptation réside le mérite : non pas dans la douleur elle-même, mais dans la manière dont elle est vécue en Dieu.
La réalité nous arrive, mais notre Seigneur ne veut pas qu’elle s’attarde en nous comme une prison : elle est reçue pour être transcendée, purifiée par la foi et transformée en grâce. Tous seront libérés dans la vie éternelle, et l’expérience spirituelle montre que Dieu nous éduque souvent à travers ce chemin exigeant. Jusqu’au jour où Dieu nous ressuscitera parmi les morts, nous sommes dans sa main. Notre maison est la miséricorde que chacun manifeste pour l’autre. Que nous vivions ou mourions en lui, chaque jour nous espérons sa tendresse. La douceur devient alors le climat de notre cœur, et nous nous consolons mutuellement, jusqu’à ce qu’elle descende pleinement parmi nous.