Homélie du 2e dimanche de Pâques 2026

Frères et sœurs bien-aimés,
Ce lieu me parle au plus profond du cœur. Chaque fois que j’y viens, je ressens comme
une paix silencieuse qui m’enveloppe. Je m’arrête, je me recueille, et je prie devant la
tombe de Robert Schuman. Ce n’est pas pour moi un simple geste de mémoire, mais une
véritable rencontre spirituelle. Ici, dans ce silence habité, Dieu semble murmurer à nos
cœurs que l’histoire humaine, même blessée, peut devenir un chemin de grâce.
Depuis 2002, je reviens fidèlement en ce lieu. J’y apporte mes prières, mes espérances, et
surtout les souffrances de mon pays, le Liban. Terre de beauté, mais aussi terre de
blessures, marquée par les conflits et les divisions. Et pourtant, au cœur de cette réalité,
ma foi demeure : je crois en Jésus, Prince de la paix, Celui qui peut transformer les cœurs
et relever les nations.
Si je viens prier ici, c’est parce que je reconnais en Robert Schuman un artisan de paix, un
homme habité par une vision plus grande que lui-même. Le grand miracle auquel il a
contribué, c’est cette réconciliation inattendue entre les peuples d’Europe. Là où régnaient
la haine et la méfiance, il a semé le dialogue, la confiance et la fraternité. Il a compris que
la paix véritable ne s’impose pas, mais qu’elle se construit patiemment, dans l’écoute et le
respect.
Sa vie nous offre un témoignage lumineux. Elle nous révèle des vertus précieuses pour
notre temps :
la patience, qui accepte de bâtir pierre après pierre ;
l’humilité, qui sert sans se mettre en avant ;
le courage, qui ose croire à la paix même quand tout semble perdu ;
la foi, profonde et discrète, qui éclaire ses choix ;
et la charité, qui transforme le regard et fait de l’autre un frère.
Je crois profondément que son intercession continue d’agir. En 2006, lorsque le Liban
traversait une épreuve douloureuse, je suis venu prier ici avec ferveur. Et dans mon cœur,
je suis convaincu qu’il a porté cette prière devant Dieu. Aujourd’hui encore, je reviens,
avec la même confiance, pour demander la paix au Liban, mais aussi pour tous les peuples
qui souffrent.
Frères et sœurs, la paix n’est pas une idée abstraite. Elle est un chemin concret, qui
commence en chacun de nous. Elle naît dans nos paroles, dans nos gestes, dans notre
capacité à pardonner, à écouter, à tendre la main. Robert Schuman nous rappelle que la
sainteté peut s’enraciner dans la vie quotidienne, dans les responsabilités humaines, dans
le service du bien commun.
Prions pour que cet homme, que beaucoup reconnaissent déjà comme un futur saint,
continue de nous inspirer. Qu’il nous apprenne à devenir, à notre tour, des artisans de paix.
Et que, par la grâce de Dieu, nos blessures deviennent des sources de réconciliation, et nos
divisions des chemins d’unité. Amen.
Scy-Chazelles, le 11 avril 2026
Abbé Samih Raad