Lettre pastorale – 20 mars 2026

Chers amis et amies,
En ces jours éprouvants que traverse notre humanité, à travers les nouvelles qui
nous parviennent de l’Orient, je ne puis m’empêcher de me remémorer certaines
leçons de philosophie politique de mes premières années d’étude, en particulier cette
notion saisissante de la « banalité du mal » formulée par Hannah Arendt.
Le mal est d’autant plus dérisoire qu’il est grave dans ses effets. Il révèle, en celui qui
le commet, une forme d’aveuglement intérieur. Car le mal que l’être humain inflige à
autrui est d’abord une atteinte à sa propre humanité. Celui qui agit ainsi n’a pas
encore compris qu’aucun être humain n’est supérieur à un autre, qu’aucun peuple ne
saurait se prétendre au-dessus d’un autre. Le mal infligé à l’autre est toujours, en
profondeur, un mal porté contre l’humanité tout entière.
Pourtant, même au cœur de l’épreuve, l’espérance demeure. Chaque acte de bonté,
chaque geste de compassion, chaque parole de réconciliation est une étincelle qui
peut illuminer l’obscurité. Il nous appartient de ne pas laisser ces petites lumières
s’éteindre, mais de les laisser se multiplier, transformant peu à peu le monde.
En ces jours où nous nous préparons à entrer dans la célébration des Rameaux et
de la Semaine Sainte, cette réalité me pousse avec plus d’insistance encore à
méditer sur l’urgence du dialogue et de la paix. Elles demeurent, malgré tout, une
espérance tenace, capable de guérir les cœurs et de réconcilier les peuples.
Je demeure profondément convaincu que Jésus-Christ, le Roi humble entrant à
Jérusalem, porte en lui une paix que le monde ne peut ni donner ni ravir. Que cette
paix finisse par se frayer un chemin dans les cœurs et dans l’histoire, et que chacun
de nous devienne un artisan de lumière et de réconciliation.
Que cette espérance nous habite, nous fortifie et nous engage, et qu’elle éclaire
même les jours les plus sombres.
Avec toute mon amitié fraternelle.
Abbé Samih Raad
Metz, le 20 mars 2026