Lettre pastorale, le 13 mars 2026

Chers amis et chers paroissiens,

Depuis quelque temps, je fais presque chaque jour des appels au Liban, surtout à mes amis du Sud, là où j’ai eu la grâce de vivre mes cinq premières années de sacerdoce. Ces villages, ces familles, ces visages me sont restés profondément attachés. Ils font partie de mon histoire et de ma prière. Mais à chaque conversation, les mêmes mots reviennent, chargés d’une grande tristesse : inquiétude, peur, insécurité. Les familles vivent dans l’angoisse du lendemain, sans savoir de quoi demain sera fait. Beaucoup de chrétiens, épuisés par la violence et l’incertitude, laissent monter un cri du cœur : « Cette guerre n’est pas la nôtre, et les choix qui nous entraînent dans ce drame ne sont pas les nôtres. »

Au séminaire Sainte-Anne de Raboué, au nord de Beyrouth, là même où j’ai reçu une partie de ma formation, 86 familles ont trouvé refuge aujourd’hui. Le recteur me confiait avec émotion combien il est bouleversant d’écouter leurs témoignages et de partager leurs souffrances. Chacune de ces familles porte une histoire marquée par la peur, par un départ précipité, par des vies soudainement brisées. Elles ont dû quitter leurs maisons, leurs villages, leurs églises, leurs souvenirs, parfois en laissant derrière elles toute une vie construite avec tant d’efforts.

Elles ressemblent à des arbres arrachés à leur terre : leurs racines sont blessées, leur horizon est devenu incertain, et elles ne savent pas encore quel avenir les attend. Dans leurs regards se mêlent la fatigue, l’inquiétude et la douleur de l’exil. Pourtant, au cœur même de cette épreuve, demeure une petite flamme d’espérance : la certitude que Dieu n’abandonne jamais ses enfants.

La mort du père Pierre El Raii a encore alourdi mon cœur. C’était un prêtre de ma génération, un homme simple, discret et profondément fidèle à sa mission. Il est mort en allant secourir des paroissiens blessés après un bombardement. Comme le Bon Pasteur, il est resté auprès de son peuple jusqu’au bout. Son témoignage nous rappelle que l’amour peut être plus fort que la peur.

Face à ces drames, notre foi demeure enracinée dans la Croix et la Résurrection. La Croix parle de la souffrance, mais la Résurrection nous rappelle que l’espérance ne meurt jamais.

Je vous demande humblement de prier avec moi pour mon peuple. Que notre prière devienne consolation pour ceux qui souffrent et lumière d’espérance pour l’avenir.

Avec toute mon affection fraternelle et ma prière.

Abbé Samih Raad

Metz, le 13 mars 2026

Paroles du pasteur

Le Roi crucifié : épiphanie paradoxale de l’amour divin

Le mystère des deux eaux

À Sion vient ton Roi : le chemin de la vie par la mort

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Lettre pastorale – 20 mars 2026