L’importance de notre mission auprès des catéchumènes et confirmands adultes

L’importance de notre mission auprès des catéchumènes et confirmands adultes

Abbé Samih Raad

(Intervention — équipe des responsables du catéchuménat,

au presbytère de Saint François d’Assise , Bellecroix)

Chers amis

Merci d’être là, pris sur votre temps, votre travail, votre famille, pour cette mission que vous avez acceptée : accompagner ceux qui viennent frapper à la porte de l’Église.

Avant de parler d’organisation, de calendrier, d’étapes liturgiques — ce sur quoi nous reviendrons dans cette réunion — je voudrais que nous prenions quinze minutes pour nous redire pourquoi nous faisons cela. Parce qu’on peut très vite devenir de bons organisateurs de rencontres et oublier ce qui est en jeu : des âmes, des vies, des personnes qui frappent à une porte qu’elles n’ont pas toujours osé imaginer franchir.

Et il y a une occasion particulière, cette année : nous vivons l’Année avec saint François. Ce n’est pas un simple habillage thématique. Il faut donner à nos catéchumènes et confirmands adultes une vraie chance de découvrir la conversion de saint François — cet homme qui a tout quitté, qui s’est dépouillé devant son père sur la place d’Assise pour ne plus s’appartenir qu’à Dieu. Il y a là quelque chose qui parle directement à ce que vit un catéchumène : une rupture, un dépouillement, un choix qui coûte, avant une vie neuve.

Et en même temps, il faut leur faire découvrir l’autre versant de cette même histoire : l’appel reçu devant le crucifix de San Damiano — « François, va, répare ma maison qui tombe en ruine. » François a d’abord cru qu’il s’agissait d’une chapelle de pierres. Il a compris ensuite qu’il s’agissait de l’Église elle-même. Nos catéchumènes et confirmands adultes ne sont pas de simples bénéficiaires de cette histoire : ils en sont, sans le savoir encore, les héritiers vivants. Chaque catéchumène qui se convertit et rejoint l’Église participe, à sa mesure, à cette même œuvre de reconstruction. Leur « oui » rebâtit quelque chose.

Je voudrais articuler cette intervention autour de trois mots : accueillirvivre avec, et donner du neuf.

  1. Accueillir

Le premier mot, c’est accueillir. Et j’insiste : accueillir n’est pas recruter, ni évaluer, ni filtrer.

Un catéchumène qui pousse la porte de notre paroisse ne sait souvent pas ce qu’il vient chercher. Il vient parfois avec une blessure, une question qui le taraude depuis des années, une rencontre qui l’a bouleversé, un deuil, un amour, un vide. Il ne vient pas avec un dossier théologique à remplir. Il vient avec une histoire, une vie entière derrière lui, et une question qui a fini par devenir plus forte que ses résistances : et si c’était vrai ?

Accueillir, c’est d’abord regarder cette personne avant de regarder son parcours. C’est se souvenir que le Christ lui-même a d’abord accueilli avant d’enseigner. Il n’a pas demandé à la Samaritaine un certificat de bonne conduite avant de lui parler au bord du puits. Il n’a pas exigé de Zachée qu’il change de vie avant de lui dire : « Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » L’accueil précède toujours la conversion — il ne la conditionne pas.

Concrètement, pour nous, cela veut dire :

  • Le premier regard compte plus qu’on ne le croit. Une personne qui se sent jugée, même discrètement, dans les cinq premières minutes, peut ne jamais revenir. Nous sommes souvent le tout premier visage de l’Église que cette personne rencontre.
  • Accueillir, c’est écouter avant de répondre. Résister à l’envie de « corriger » tout de suite une image fausse de Dieu, une blessure envers l’Église, une question mal formulée. Laisser la personne poser tout ce qu’elle porte.
  • Accueillir, c’est croire que l’Esprit Saint a déjà commencé son travail avant nous. Personne n’arrive par hasard. Quand quelqu’un se présente au catéchuménat, quelque chose s’est déjà passé en lui. Notre rôle n’est pas de démarrer une histoire, mais de rejoindre une histoire déjà commencée par Dieu.
  1. Vivre avec

Le deuxième mot, c’est vivre avec. Et c’est peut-être le plus exigeant.

Le catéchuménat n’est pas un cours. Ce n’est pas une session d’information sur la foi catholique qu’on pourrait, au fond, remplacer par des livres ou des vidéos bien faites. Ce que les catéchumènes et confirmands adultes viennent chercher — même sans le formuler ainsi — ce n’est pas seulement un savoir, c’est une communauté vivante dans laquelle ils peuvent expérimenter ce que veut dire être chrétien.

L’Église primitive appelait cela l’« itinéraire catéchuménal » précisément parce que c’est une marche, un chemin fait ensemble, et pas une transmission de contenu à sens unique. Vivre avec, cela veut dire :

  • Ne pas se contenter de donner des réponses : partager notre propre chemin. Le catéchumène a besoin de voir des chrétiens qui doutent parfois, qui prient vraiment, qui tombent et se relèvent — pas des experts qui maîtrisent tout.
  • L’inviter, autant que possible, dans la vie réelle de la communauté : pas seulement aux séances de catéchuménat, mais à la messe, aux temps fraternels, à un service, à une prière partagée. On n’apprend pas à être chrétien en apprenant sur le christianisme, mais en le vivant avec des chrétiens.
  • Tenir dans la durée. Certains catéchumènes et confirmands adultes traversent des périodes de doute, de silence, d’éloignement passager. Vivre avec, c’est ne pas les lâcher à ce moment-là, justement parce que c’est là que l’accompagnement compte le plus.
  • Accepter d’être changés nous-mêmes. Bien souvent, ce sont les catéchumènes et confirmands adultes qui nous réévangélisent. Leur fraîcheur, leurs questions, leur soif nous rappellent des choses que nous avions fini par trouver banales. Vivre avec eux, c’est accepter d’être bousculés dans notre propre foi.

III. Que puis-je donner de nouveau pour ces âmes ?

Et voici le troisième mot, qui est aussi une question que je pose à chacun de vous, personnellement : qu’est-ce que je peux donner de nouveau, cette année, pour ces âmes ?

Parce qu’il y a un risque, dans toute mission qui dure, celui de la routine. On refait les mêmes séances, les mêmes supports, les mêmes gestes, sans se demander si c’est encore vivant, si cela rejoint vraiment ces personnes-là, cette année, avec leurs questions à elles.

Alors, que pouvons-nous donner de neuf ?

  • Du temps vraiment donné, et pas seulement du temps programmé. Un appel en dehors des séances, un message pour prendre des nouvelles, une présence lors d’un moment difficile.
  • Notre propre témoignage, renouvelé. Pas le même récit de conversion répété d’année en année, mais ce que Dieu est en train de faire aujourd’hui dans notre vie.
  • De la place pour leurs questions les plus dérangeantes. Ne pas avoir peur des questions sur la souffrance, sur l’Église blessée par ses propres péchés, sur les autres religions, sur la science. Une âme qui sent qu’elle peut tout poser sans être jugée avance plus vite qu’une âme à qui l’on impose des réponses toutes faites.
  • De la prière, vraiment portée pour chacun d’eux, par leur nom. C’est peut-être le don le plus simple et le plus négligé : prier concrètement, nommément, pour chaque catéchumène confié à notre équipe.
  • Un regard renouvelé sur ce qu’ils nous apportent, à nous. Ces âmes ne sont pas un public à instruire ; elles sont un don fait à notre communauté. Chaque catéchumène qui avance vers le baptême est une grâce pour toute la paroisse, pas seulement pour lui-même.

Conclusion

Accueillir sans juger. Vivre avec, dans la durée, en acceptant d’être changés nous aussi. Et chercher, chaque année, ce que nous pouvons donner de vraiment neuf pour ces âmes qui nous sont confiées.

Ce n’est pas une mission facile. Mais rappelons-nous ce que nous faisons réellement : nous accompagnons des personnes vers les eaux du baptême. Peu de missions dans l’Église touchent d’aussi près au mystère de la nouvelle naissance. Ce que nous faisons ici, dans la discrétion de nos réunions et de nos séances, participe directement à l’œuvre de Dieu qui fait toutes choses nouvelles.

Merci pour votre engagement. Et maintenant, entrons dans le concret de notre réunion.

Metz, le 3 septembre 2026

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