Le Dieu de charité et la vocation de l’homme dans le mystère de la Trinité

Abbé Samih Raad


Homélie – Dimanche de la Sainte Trinité A

Chers frères et sœurs,


Pourquoi le christianisme s’est-il répandu si rapidement dans tout l’Empire
romain ? Comment cette petite communauté née en Terre Sainte a-t-elle pu
transformer le monde en trois siècles et traverser les siècles jusqu’à nous ?


Pour répondre à cette question, il faut comprendre ce que le christianisme a
apporté de radicalement nouveau à l’humanité.


Le monde gréco-romain n’était pas dépourvu de sagesse. Les philosophes
avaient réfléchi aux grandes questions de l’existence. Les religions de l’Empire
proposaient des rites, des traditions et des explications sur le monde. La morale
reposait largement sur les quatre grandes vertus cardinales : la prudence, la
justice, la force et la tempérance. Aujourd’hui encore, dans certaines places de
nos villes, des statues ou des fontaines représentent ces vertus qui constituaient
l’idéal humain de l’Antiquité.


Mais le christianisme est venu annoncer une nouveauté décisive.


Saint Paul l’a compris mieux que quiconque. Lui qui fut l’un des plus grands
penseurs du christianisme naissant a résumé cette nouveauté en quelques mots
devenus fondamentaux : « Maintenant demeurent la foi, l’espérance et la
charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. »
Voilà la bonne nouvelle du christianisme.


Les philosophies antiques cherchaient à former un homme juste et vertueux. Le
christianisme, lui, révèle quelque chose de plus profond encore : le désir le plus
intime du cœur humain n’est pas seulement d’être juste, mais de vivre dans la
charité et d’en être le bénéficiaire.


L’être humain ne vit pas seulement de principes. Il vit de relations. Il a besoin de
savoir qu’il est reconnu, accueilli, et appelé par une charité qui le dépasse.
Et c’est précisément la bonne nouvelle de l’Évangile : Dieu t’aime d’une charité
infinie.

Dieu t’aime au point de se donner lui-même pour toi dans le Christ. Tu n’es pas
un être anonyme perdu dans l’univers. Tu es connu, voulu et aimé de Dieu. Plus
encore, tu es appelé à devenir son ami et à entrer dans sa charité.


Cette révélation a bouleversé l’Empire romain. Les premiers chrétiens vivaient
de cette certitude : ils étaient aimés d’une charité divine et appelés à vivre à leur
tour dans cette même charité. Voilà pourquoi ils prenaient soin des pauvres, des
malades, des veuves, des orphelins et des exclus. Leur force ne venait ni du
pouvoir ni de la richesse, mais de la charité reçue et donnée.


Et aujourd’hui, en la fête de la Sainte Trinité, nous découvrons la source de cette
charité.


La Trinité n’est pas une spéculation abstraite. Elle révèle que Dieu est
communion de charité. Le Père vit dans la charité du Fils, le Fils dans la charité
du Père, et l’Esprit Saint est le lien vivant de cette charité éternelle.


C’est pourquoi saint Paul peut dire : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, la
charité de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. »


La grâce, la charité et la communion : voilà le mystère trinitaire. Voilà aussi la
vocation de toute vie chrétienne.


Nous avons été créés à l’image de ce Dieu qui est charité. Et nous ne trouvons
notre accomplissement ni dans la puissance ni dans la réussite, mais dans la
capacité de vivre et de transmettre la charité.


La grande nouveauté du christianisme demeure la même aujourd’hui qu’au temps de
saint Paul : Dieu est charité, et l’homme est appelé à entrer pour toujours dans
cette charité.


Amen.

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