« Nous avons été unis au Christ par le baptême » (Rm 6,3)

Homélie 13 TO A
Abbé Samih RAAD
Frères et sœurs,
Il y a des paroles de saint Paul qui ne cessent de nous émerveiller. Celle que nous entendons aujourd’hui en fait partie : « Nous avons été unis au Christ par le baptême. »
J’aime l’apôtre Paul parce qu’il nous offre une image unique et profondément belle de Jésus-Christ. Pour lui, le Christ n’est pas seulement un maître de sagesse, ni simplement un prophète ou un modèle moral. Le Christ est l’Homme parfait, l’humanité telle que Dieu l’a rêvée depuis le commencement, l’image pure et accomplie de ce que l’être humain est appelé à devenir.
Or, Paul nous dit quelque chose d’extraordinaire : par le baptême, nous avons été unis à cet Homme nouveau qu’est le Christ.
Lorsque des parents présentent leur enfant pour le baptême, la première question qui leur est posée est : « Quel nom avez-vous choisi pour votre enfant ? »
Cette question n’est pas un simple détail administratif. Dans la Bible, le nom révèle la personne elle-même. Être appelé par son nom, c’est être reconnu dans son unicité. Avant même de connaître Dieu, chacun de nous est déjà connu de lui. Le prophète Isaïe rapporte cette parole du Seigneur : « Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi » (Is 43,1).
Dieu ne sauve jamais une foule anonyme ; il appelle des personnes. Chacun est connu, aimé et voulu pour lui-même.
Puis vient la deuxième question : « Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? »
La réponse est simple : « Le baptême. »
Et l’Église répond alors au nom de Dieu : « Par le baptême, tu deviendras fils ou fille de Dieu et tu seras membre de la communauté chrétienne. »
Tout est déjà contenu dans cette réponse.
Le baptême nous donne une double naissance. Nous devenons enfants de Dieu et, dans le même temps, nous devenons membres d’un peuple.
Voilà ce que signifie la parole de Paul : « Nous avons été unis par le baptême. »
Par le baptême, nous ne sommes plus des êtres isolés, enfermés dans notre solitude. Nous devenons membres d’un même Corps, le Corps du Christ qu’est l’Église. Cette unité n’est pas une simple solidarité humaine ; elle est une communion de vie, car une même vie circule en tous : celle du Christ ressuscité.
Et pourtant, cette unité a quelque chose d’unique : elle n’efface jamais la personne. Le Christ ne demande à personne de renoncer à son visage propre. Il appelle chacun par son nom et fait de chaque existence une vocation singulière. Dans l’Église, la communion ne détruit pas les différences ; elle les transfigure et les ordonne à la charité.
Être uni au Christ signifie alors accueillir en nous ses sentiments, son regard de miséricorde, sa compassion, son obéissance au Père et sa charité sans mesure. Le baptême devient ainsi un chemin de transformation intérieure.
C’est cela, la sainteté : non pas devenir quelqu’un d’autre, mais laisser la grâce accomplir en nous l’image originale que Dieu a déposée dès notre création, afin que chacun parvienne à la pleine stature du Christ.
Metz, le 26 juin 2026