Pour moi, vivre, c’est le Christ
Pour moi, vivre, c’est le Christ
Abbé Samih Raad
Homélie 25 TO A

Frères et sœurs bien-aimés,
La parole de saint Paul que nous venons d’entendre nous introduit dans l’intimité d’un homme qui a laissé le Christ devenir le centre de toute son existence : « Je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. » Paul ne nous confie pas une simple hésitation entre deux possibilités. Il révèle le mystère d’une vie qui, ayant rencontré le Christ, ne peut plus être comprise en dehors de lui. La vie et la mort, le présent et l’avenir prennent désormais leur sens à partir d’une seule réalité : le Christ est devenu sa vie.
Paul désire partir, car il sait que mourir dans le Christ n’est pas tomber dans le néant, mais entrer dans la plénitude de la communion avec son Seigneur. Pourtant, il accepte de demeurer, parce que son existence n’est plus seulement la sienne. Il appartient à une communauté, il porte des frères, il a reçu une mission. Son désir de rencontrer le Christ devient ainsi disponibilité pour ceux que le Christ lui a confiés. C’est l’un des visages les plus profonds de la liberté chrétienne : recevoir sa vie comme un don et devenir capable de la donner.
Paul ne se trouve donc pas devant deux dieux, deux vérités ou deux mondes opposés. La foi chrétienne ne repose pas sur une lutte entre le ciel et la terre, entre Dieu et l’homme. Nous confessons un seul Dieu, Créateur de toute chose, et nous croyons que ce Dieu est venu jusqu’à nous dans la chair de son Fils. Le Verbe s’est fait chair : Dieu est entré dans notre histoire pour conduire notre humanité vers la communion avec lui.
C’est pourquoi nous n’avons pas à choisir entre aimer Dieu et aimer nos frères comme s’il s’agissait de deux fidélités concurrentes. En Christ, ces deux amours trouvent leur unité. La communion avec Dieu devient communion avec les autres ; la prière conduit au service, et le service vécu dans l’amour devient lui-même une prière.
Saint Paul peut alors dire : « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. » Cette liberté n’est pas l’indépendance de celui qui ne dépend de personne ; elle est la liberté de celui qui, appartenant au Christ, peut enfin se donner.
Frères et sœurs, nous aussi, nous connaissons le désir de partir, de fuir une difficulté, de recommencer ailleurs. Pourtant, le Seigneur nous demande parfois de demeurer : auprès d’un proche, dans une famille, dans une communauté, auprès de celui qui attend une présence. Le Christ ne nous appelle pas toujours à partir ; il nous appelle souvent à demeurer autrement.
Ainsi, la vraie liberté chrétienne n’est pas de choisir entre Dieu et le monde, mais de choisir Dieu au cœur du monde. Que notre foi devienne charité, que notre prière devienne présence, et que notre présence devienne pour quelqu’un un chemin vers Dieu.
Alors nous pourrons dire avec Paul : « Pour moi, vivre, c’est le Christ. »
D’ici là, demeurons pour aimer, pour servir, pour annoncer, et pour être au milieu de ce monde les témoins de Celui qui nous donne la vraie liberté.
Amen.