Ceux qui portent du fruit avec patience

Homélie 15 e TO A
Abbé Samih Raad

Frères et sœurs,


Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous parle en parabole du semeur et de
la semence. Et lui-même nous donne la clé de compréhension : la semence est la
Parole de Dieu. Mais cette affirmation nous conduit à une question essentielle :
qu’est-ce que la Parole de Dieu ? Où Dieu nous parle-t-il ? Comment pouvons-
nous reconnaître sa voix au milieu des nombreuses paroles qui remplissent notre
vie ?


Dieu n’est pas resté silencieux devant l’humanité. Tout au long de
l’histoire du salut, il a parlé à son peuple. Dans l’Ancien Testament, il s’est
révélé par Moïse, par la Loi, par les prophètes, par les psaumes et par les sages
d’Israël. Ces paroles étaient véritables, car elles venaient de Dieu et elles
préparaient le cœur de l’homme à accueillir une révélation plus grande.


Mais la Parole parfaite et définitive de Dieu ne se trouve pas seulement
dans un message transmis aux hommes ; elle se trouve dans une personne : Jésus
Christ. Saint Jean nous le révèle : « Le Verbe s’est fait chair ». Jésus est appelé
la Parole de Dieu parce qu’il est l’expression éternelle et parfaite du Père. Les
prophètes parlent de Dieu et transmettent sa volonté ; Jésus, lui, révèle Dieu en
son propre être, car il est le Fils éternel venu parmi nous.


Lorsqu’il a pris notre humanité dans le sein de la Vierge Marie, la Parole
invisible de Dieu est devenue visible. Dieu ne nous parle plus seulement par des
paroles humaines ; il nous parle par un visage, par une vie, par un amour donné
jusqu’au bout. Celui qui veut connaître le cœur de Dieu doit contempler Jésus
Christ, car en lui nous découvrons la pensée de Dieu, la volonté de Dieu et le
chemin qui conduit vers Dieu.


Après son Ascension, Jésus continue à nous parler aujourd’hui par
l’Évangile. Par l’action de l’Esprit Saint, les apôtres ont transmis ce qu’ils
avaient vu et reçu du Seigneur. Ainsi, lorsque nous écoutons l’Évangile, ce n’est
pas simplement un texte ancien que nous entendons : c’est le Christ vivant qui
vient encore aujourd’hui semer sa parole dans notre cœur.
Mais Jésus nous avertit : la Parole de Dieu ne porte pas automatiquement
du fruit. Elle demande un cœur capable de l’accueillir.

La première semence tombe au bord du chemin. Elle représente ceux qui
entendent la Parole, mais qui ne la laissent pas entrer en eux. Elle reste à la
surface de leur vie. Alors le Malin vient enlever cette Parole afin qu’elle ne
transforme pas leur cœur et qu’ils ne découvrent pas le salut que Dieu veut leur
offrir. C’est pourquoi Jésus nous appelle à veiller, car il existe un véritable
combat spirituel autour de notre cœur.


La deuxième semence tombe sur le sol pierreux. Elle représente ceux qui
accueillent la Parole avec joie, mais sans profondeur. Leur foi existe dans les
moments faciles, mais elle manque de racines. Lorsque surviennent les
épreuves, les tentations ou les séductions du monde — la recherche de l’argent,
du pouvoir, de la gloire, du confort ou des plaisirs immédiats — ils abandonnent
la Parole reçue.


La troisième semence tombe parmi les épines. Ce sont ceux qui entendent
la Parole, mais qui se laissent progressivement envahir par les inquiétudes, les
préoccupations et les soucis de la vie. La Parole est présente, mais elle est
étouffée. Et nous devons reconnaître avec humilité que nous pouvons parfois
appartenir à cette catégorie : nous accueillons Dieu, mais nous ne lui donnons
pas toujours toute la place.


Car notre cœur peut connaître ces trois situations. Parfois nous sommes un
chemin fermé, parfois un sol fragile, parfois une terre envahie par les
préoccupations. Nous voulons parfois Dieu dans notre vie, mais sans accepter
que sa Parole nous transforme réellement.
Cependant, Jésus nous montre le chemin de la fécondité : « Ceux qui ont
entendu la Parole dans un cœur bon et généreux portent du fruit avec
persévérance. »


Le véritable chrétien n’est pas celui qui ne connaît jamais l’épreuve, mais
celui qui demeure fidèle au milieu de l’épreuve. Il garde la Parole dans son
cœur, il la laisse purifier sa vie, il avance avec patience, car il sait que Dieu
travaille en lui même lorsque les fruits ne sont pas immédiatement visibles.
Frères et sœurs, demandons au Seigneur de faire de notre cœur une bonne
terre. Que sa Parole ne reste pas seulement dans nos oreilles ou devant nos yeux,
mais qu’elle descende jusqu’au plus profond de notre être. Qu’elle nous
transforme, qu’elle fasse de nous des hommes nouveaux et qu’elle produise en
nous des fruits de foi, d’espérance et de charité. Car le Royaume de Dieu grandit
dans ceux qui accueillent la Parole du Christ et qui demeurent fidèles avec
patience jusqu’au bout.

(Photo © Paroisse)

Paroles du pasteur

Du “ou” qui divise au “et” qui rassemble : le regard de Dieu sur le monde

La seule dette qui demeure : la dette de l’amour

Homélie du 13e dimanche du Temps ordinaire

« Nous avons été unis au Christ par le baptême » (Rm 6,3)

Lettre pastorale du 26 juin 2026