La surabondance de la Vie donnée en Christ, Bon Pasteur

Abbé Samih Raad

(Homélie 4ème dimanche de Pâques A)

Frères et sœurs,

La semaine dernière, nous avons contemplé le mystère de la Révélation accomplie dans la personne du Christ. En Lui, la Parole de Dieu ne se contente pas de parler : elle s’incarne, elle se donne, elle s’accomplit. Et c’est en Lui que l’humanité est conduite vers son accomplissement ultime, qui est le salut.

L’Écriture Sainte ne peut être séparée de l’Ancien Testament sans perdre sa profondeur, car il constitue le sol vivant de la Révélation, où Dieu entre patiemment en relation avec l’humanité dans ses lenteurs et ses élans. La foi chrétienne refuse toute forme de marcionisme qui rejette le passé au nom du présent, car elle assume l’homme dans sa fragilité et sa richesse. Certes, certains passages de l’Ancien Testament peuvent heurter la sensibilité moderne, marqués par la violence et des images abruptes de Dieu, mais ils témoignent d’une pédagogie divine progressive conduisant l’humanité vers la pleine lumière du mystère révélé en Christ.

Dans le Nouveau Testament, ce chemin atteint sa plénitude. Scellée dans le sang du Christ lors de la dernière Cène, la Nouvelle Alliance ouvre une ère nouvelle :celle d’un salut offert sans frontière, sans privilège, sans exclusion. Le salut n’est plus réservé à un peuple comme un bien jalousement gardé ; il devient universel, catholique au sens le plus profond, c’est-à-dire destiné à embrasser toute l’humanité.

Aujourd’hui, l’Évangile nous invite à contempler l’image d’un Dieu d’amour révélé par le Christ comme Bon Pasteur. Cette figure ne relève pas d’une simple douceur symbolique ni d’une consolation affective. Elle manifeste une identité profonde : un Dieu proche, qui connaît chacun, qui appelle par son nom et qui se donne jusqu’au bout. Le Christ déclare alors avec une gravité lumineuse : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et la vie en abondance. »

Frères et sœurs, il faut entendre ici une rupture radicale avec toute logique de calcul. La foi chrétienne ne relève pas de l’utilité, ni de la recherche d’un avantage spirituel. Elle ne s’inscrit pas dans une économie de profit religieux. Elle est accueil d’un don qui excède toute mesure.

La vie en abondance n’est pas une vie simplement améliorée : elle est une vie transfigurée. Une vie dilatée par la présence de Dieu, arrachée à la clôture de l’égoïsme, libérée des enfermements intérieurs, ouverte à une fécondité nouvelle.

L’image du Bon Pasteur dit précisément cela : la démesure de la charité divine. Un amour qui ne se contente pas de guider, mais qui se donne jusqu’au bout. Un amour qui ne calcule pas, mais qui déborde. Un amour qui ne sélectionne pas, mais qui embrasse.

Ainsi, le salut chrétien apparaît comme une surabondance. Non pas une simple réparation de l’humain, mais une effusion de vie nouvelle, une gratuité divine qui précède toute réponse humaine et qui la rend possible.

Demandons au Seigneur de nous introduire dans cette intelligence du don. Qu’il purifie notre regard de toute logique de possession, et qu’il nous ouvre à la joie simple de recevoir une vie qui ne vient pas de nous, mais qui nous est offerte, et qui nous dépasse infiniment. Amen.

Metz, le 25 avril 2026

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